20.08.2008
TDF : L'Alpe, la montagne magique

Ce n'est pas l'ascension la plus pentue (7,9 %) ni la plus longue (13,8 km), ce n'est pas le sommet le plus élevé du Tour (1860 m) ni le plus ancien escaladé mais l'Alpe d'Huez est sans conteste le col le plus mythique de la Grande Boucle. Vingt-et-un virages numérotés dans l'ordre décroissant qui sont entrés dans la légende de la course. Des milliers de camping-car le long de la route, des centaines de milliers de supporters, une fureur de stade à chaque lacet : la quarantaine de minutes d'effort dans « l'Alpe » marqueront jeudi l'apothéose des étapes alpestres et la dernière arrivée au sommet du la Grande Boucle.

Arriver au pied de l'Alpe d'Huez, c'est comme jouer au Maracana ou à Old Trafford en football, c'est pénétrer dans un temple du cyclisme : Fausto Coppi avait inauguré en 1952 cette arrivée au sommet mais il a fallu attendre un quart de siècle pour que l'Alpe s'installe comme un épisosde aussi intense qu'attendu du Tour. Vingt-cinq arrivées y ont été jugées depuis 1976 et la montée est vite passée à l'orange. Les nombreuses victoires des coureurs du « plat pays » (Joop Zoetemelk, Hennie Kuiper, Peter Winnen, Steven Rooks, Gert-Jan Theunisse) ont attiré au fil des années une foule de supporters néerlandais qui ont colonisé cette montagne magique, devenue le point culminant des Pays-Bas.

Menchov, l'espoir des Oranje
Les Néerlandais ne seront pas les favoris mercredi, surtout après les ascensions du Galibier et de la Croix-de-Fer, deux autres géants hors catégorie, mais leurs supporters devraient se rabattre sur le Russe Denis Menchov, leader de Rabobank. « Tout le monde me parle de cette étape. Mais j'attaquerai au moment et à l'endroit le plus opportuns », disait-il lors de la journée de repos. La fenêtre de tir se restreint pour celui qui était désigné favori par ses rivaux. S'il pourra compter sur les encouragements du virage hollandais, Frank Schleck devrait également compter sur son carré de supporters : « La moitié du Luxembourg sera là », a prévenu le Maillot Jaune, vainqueur à l'Alpe en 2006. Le leader des CSC sait que Carlos Sastre et lui tiennent leur dernière occasion de semer Cadel Evans avant le contre-la-montre samedi.

Avant cette dernière grande ascension du Tour 2008, suiveurs et coureurs repenseront sûrement aux grandes heures de l'Alpe d'Huez : en 1983, Laurent Fignon y revêtait son premier Maillot Jaune ; en 1986, Greg Lemond et Bernard Hinault franchissaient la ligne main dans la main pour le seul succès français dans cette station. Plus récemment, Giuseppe Guerini a réussi à s'imposer après avoir percuté un photographe amateur. Seule certitude ( ?) : le record de Marco Pantani (37'35'') restera inaccessible. Le plaisir pour les spectateurs (et la souffrance des coureurs) n'en sera que prolongé. - Anthony Thomas, à Jausiers