Cyclisme -TDF : Dessel a «retrouvé la confiance»
Il avait déjà goûté aux honneurs du Tour de France en portant le Maillot Jaune une journée en 2006. Cyril Dessel est remonté sur le podium de la Grande Boucle pour recevoir les honneurs dus à sa victoire dans la 16e étape mardi à Jausiers. Un succès décroché au terme d'un final en descente parfaitement maîtrisé et qui lui permet de tourner la page après une difficile année 2007 gâchée par une toxoplasmose : « L'année passée, j'ai vraiment eu l'impression de toucher le fond. »
« Cyril Dessel, connaissiez-vous le final tortueux de cette étape ?
Effectivement, en regardant le profil de l'arrivée ce matin, je savais qu'il y avait un virage serré à prendre à 150 mètres de la ligne. Donc je ne sais pas si les autres coureurs avaient comme moi le road-book. On a la chance sur le Tour d'avoir beaucoup de détails sur le final et c'est toujours intéressant d'y jeter un oeil. A la réunion, les directeurs ne manquent de nous dire quand le final est un peu technique, comme celui-ci. C'était également le cas quand je fais troisième de l'étape à Bagnères-de-Bigorre (remportée par Riccardo Ricco, ndlr). Quand il y a un virage serré, dans ma tête, l'arrivée est au virage. En principe dans un sprint, on attaque à 250 m de la ligne mais quand il y a un virage, c'est impossible de doubler après. C'est ce que je fais aujourd'hui. Je suis resté concentré dans la descente pour ne pas laisser partir (Yaroslav) Popovych.
Vous ne vous êtes pas relevé avant la ligne d'arrivée...
Je n'ai pas levé les bras parce que je n'ai pas vu comment c'était derrière : je ne voulais pas prendre de risques et me faire passer sur la ligne. Pour moi, c'est tellement énorme de gagner une étape sur le Tour, surtout en montagne, que je n'ai pas osé me relever avant la ligne. Tant pis pour la photo (sourire). (...) Au début de la journée, je ne croyais pas du tout à ma victoire. On était nombreux, il y avait une quinzaine de bons coureurs dans l'échappée. Je pensais que cela serait difficile. Dans le col de la Bonette, (avec son coéquipier Tadej Valjavec, ndlr), on a fait une bonne partie du travail, notamment moi dans le final. J'ai vu qu'il ne restait plus grand monde et que les sensations n'était pas si mauvaises. J'ai pensé à la victoire dans la descente quand on était tous les quatre (avec Popovych, Casar et Arroyo, ndlr)
Que vous a dit Bernard Hinault sur le podium ?
Il m'a dit : « Belle étape ». Il a tendance à demander aux coureurs français d'aller de l'avant, de tenter. Il a raison mais il faut aussi avoir les chances pour pouvoir aller dans les échappées. Il ne faut pas avoir peur de prendre des risques, quitte à prendre des "cartons" parfois. C'est vrai qu'il est toujours content de voir gagner un coureur français.
Quelle comparaison faites-vous avec le Maillot Jaune que vous avez porté en 2006 ?
Quand j'ai porté le Maillot Jaune en 2006, j'étais un peu déçu à l'arrivée. Pour moi, ce qui était important, c'était la victoire d'étape, c'était gagner : passer la ligne, lever les bras. Avec du recul, je me suis rendu compte que le Maillot Jaune, c'est quelque chose dont on se souvient plus pour un Français qu'un vainqueur d'étapes. J'avais terminé deuxième de l'étape ce jour-là. Sur un palmarès, une victoire d'étape sur le Tour de France, c'est quelque chose qui marque. Cette année, j'avais vraiment à coeur de gagner une étape. J'avais déjà gagné aux quatre jours de Dunkerque, au Tour de Catalogne, au Dauphiné. Ça fait partie des belles courses qui précèdent le Tour de France, qui est l'objectif de l'année.
Quand as-tu retrouvé la confiance après ta toxoplasmose ?
L'année passée, j'ai vraiment eu l'impression de toucher le fond, c'était difficile pour moi, notamment sur le Tour de France, où j'avais connu des moments fantastiques. J'étais énormément attendu même si j'avais eu des problèmes de santé. C'était difficile de ne pas trouver de sensations. Heureusement que dans ces moments-là, j'ai eu ma famille et mes amis qui m'ont soutenu. L'équipe m'a permis de me reposer pendant deux mois après le Tour. Ensuite, j'ai eu une longue période de travail qui a commencé début novembre où il a fallu tout reconstruire puisque je repartais de zéro. En hiver, j'arrivais bien à enchaîner les séances de musculation et les sorties l'après-midi. C'était plutôt encourageant. J'ai eu le mérite de ne pas me décourager en début d'année. Après le Tour du Trentin (en avril), j'ai commencé à ressentir dans les cols des sensations que j'avais connues dans le passé. La victoire sur les Quatre Jours de Dunkerque a été la sortie du tunnel : j'ai retrouvé la confiance et cru que je pouvais retrouver le haut niveau.
Votre confiance était pourtant mitigée il y a quelques jours...
Depuis le début du Tour, mes sensations étaient moins bonnes que celles que j'avais au Dauphiné par exemple. J'avais du mal à aller dans les échappées, j'étais un peu moins "saignant" surtout en début d'étapes. Dans le final en montagne, je n'arrivais pas à accompagner les meilleurs. Je savais que si j'accrochais une étape, j'arriverais à élever mon niveau. Les sensations n'étaient pas si mauvaises. Les pépins de santé, notamment à la selle, m'ont perturbé dans mon approche et j'étais un peu moins bien en début de Tour. Le repos d'hier m'a fait beaucoup de bien. Aujourd'hui, j'ai senti que j'avais un peu plus de jus au départ même si cela a été difficile de prendre l'échappée. » - Recueilli par Anthony THOMAS, à Jausiers