20.08.2008
TDF : Une journée d'attaque-défense

Comment réserver des surprises à un peloton qui a parcouru les Alpes dans tous les sens ces dernières années ? Offrez-lui un départ dans une ville inédite, Cuneo, puis l'ascension de l'inconnu Col de la Lombarde (21 km à 6,9%) et du méconnu Col de la Bonnette-Restefond (25,5 km de montée à 6,5 %) avant une descente vertigineuse de 24 kilomètres vers l'arrivée à Jausiers, un paradis perdu que les coureurs vont découvrir au milieu du Parc national du Mercantour. Par son histoire, la ferveur populaire qui l'anime, l'Alpe-d'Huez marquera l'apothéose des étapes de montagne jeudi mais les 157 kilomètres de la 16e étape mardi sont un terrain propice aux péripéties les plus folles parmi les six prétendants à la victoire finale, séparés par 49 secondes au classement général. A condition qu'ils le veulent bien.

Sastre : « Il faudra attaquer »
« Le col le plus dur sera celui où nous roulerons le plus vite », ironise le Maillot Jaune Frank Schleck. Le champion du Luxembourg sait que deux chapelles accueillent ce fameux club des Six. D'un côté, les grimpeurs Frank Schleck, Carlos Sastre (CSC) et Bernhard Kohl (Gerolsteiner) savent que leur salut se jouera lors des deux prochaines journées. Les poignées de seconde qui séparent actuellement les protagonistes du Tour ne leur seront d'aucun secours l'heure du contre-la-montre de 53 kilomètres samedi prochain. Cela tombe bien car le Luxembourgeois et l'Espagnol ont des fourmis dans les jambes : « On a une équipe tout terrain, ne cesse de clamer le Maillot Jaune. Avec cette équipe, on peut continuer à jouer l'offensive. »

Sastre, souvent placé et rarement gagnant (une seule victoire sur le Tour) compte sur l'efficacité de la course d'équipes : « Pour la victoire, il nous faut de l'intelligence, de la patience et du courage. Il faudra attaquer, au moment et à l'endroit le plus opportuns. » Bernhard Kohl, après avoir endossé le Maillot à pois dimanche, semble prêt à rééditer les attaques qu'il a lancées à Hautacam puis à Prato Nevoso. L'Autrichien, troisième du Dauphiné Libéré en 2006, devrait désormais être beaucoup plus surveillé.

Menchov signerait pour que la situation reste la même
Face à ces trois pros de l'escalade, on trouve le clan des rouleurs, Cadel Evans (Silence-Lotto), Denis Menchov (Rabobank) et Christian Vandevelde (Garmin). Matthew White, le directeur sportif de ce dernier, prévient d'ailleurs qu'il serait inutile d'attendre un démarrage de l'Américain dans une montée. L'ancien coéquipier de Lance Armstrong puis de Carlos Sastre se plaît dans son rôle de suceur de roues en attendant le dernier chrono. Denis Menchov est moins certain de la conduite à suivre. Monstre de patience, il s'est caché dans les Pyrénées avant de jaillir dans la première étape alpestre. Sûr de sa force sur tous les terrains, il signerait pour que la situation reste la même jusqu'à Cérilly. Un état d'esprit qui ne ravit pas son directeur sportif, Erik Dekker : «J'en voudrais à Denis s'il n'attaquait quand la moindre occasion se présentera. »

Libéré de la pression du Maillot Jaune, Cadel Evans resterait bien dans sa position de retrait jusqu'à samedi. L'Australien craint avant tout la 17e étape « aussi bien pour sa longueur (210,5 km) que pour ses ascensions (trois hors-catégorie : Galibier, Croix-de-Fer, Alpe-d'Huez, ndlr) ». Lui qui a déjà connu des hauts et des bas dans les Pyrénées se méfiera néanmoins du tour de grand huir proposé mercredi. Une fois grimpé sur le toit du Tour en haut de la Bonnette (2802 m), le peloton se jettera dans un immense toboggan jusqu'à l'arrivée. Evans fera-t-il partie des têtes brûlées qui tenteront de gratter les secondes à plus de 80 km/h, lui a déjà chuté lourdement et qui s'est dit marqué par l'accident d'Oscar Pereiro ? «Tous les kilomètres jusqu'à Paris peuvent être décisifs», a-t-il prévenu. - A. T., à Cuneo